Gaz de schiste

 

Le gaz de schiste est un type de gaz non-conventionnel dont les possibilités d’exploitation suscitent la controverse en France et ailleurs dans le monde. Sélectra a construit un dossier complet pour vous éclairer sur le gaz de schiste, son exploitation et ses impacts.

Définition et généralités

Qu’est-ce que le gaz de schiste ?
Où sont les gisements de gaz de schiste dans le monde ?
Où sont les gisements de gaz de schiste en France ?
Connaît-on les ressources mondiales en gaz de schiste ?

Exploitation du gaz de schiste

Comment fait-on pour extraire le gaz de schiste ?
Est-il rentable d’extraire le gaz de schiste ?
Quelle est la situation aux Etats-Unis en matière d’exploitation du gaz de schiste ?
Quelle est la situation en France en matière d’exploitation du gaz de schiste ?
Qui sont les acteurs de l’exploitation du gaz de schiste ?

Impacts de l’exploitation du gaz de schiste

Quels sont les impacts environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les prix du gaz ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur l’industrie du transport du gaz ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur l’approvisionnement énergétique français ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le paysage énergétique européen ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les pays producteurs de gaz naturel ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les prévisions de mix énergétique mondial ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le développement de l’énergie nucléaire ?
Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le marché de l’électricité ?

Qu’est-ce que le gaz de schiste ?

Le gaz de schiste est une forme de gaz non-conventionnel, c’est-à-dire de ressource de gaz naturel piégée dans des roches argileuses, peu profondes et peu perméables ou dans des gisements de charbon. Comme son nom l’indique, le gaz de schiste est extrait de terrains schisteux où il se répartit de manière diffuse. Le gaz de schiste s’oppose ainsi aux ressources conventionnelles de gaz naturel (gaz piégé en haute densité dans des cavités naturelles), et aux autres types de ressources non-conventionnelles de gaz naturel (gaz de charbon, gaz de réservoir compact, hydrates de méthane).

Jusqu’à la fin des années 2000, l’immense majorité des quantités de gaz naturel extraites dans le monde provenait de ressources conventionnelles. A partir de la fin des années 2000, la production de gaz de schiste a augmenté beaucoup plus rapidement que ne l’attendaient les experts du secteur, entraînant des impacts environnementaux et économiques ayant contribué à faire connaître du grand public le gaz de schiste.

Où sont les gisements de gaz de schiste dans le monde ?

L’agence en charge de l’énergie aux Etats-Unis (Energy Information Administration) a toutefois rendu en 2011 un rapport estimant le potentiel de développement des gaz de schiste en étudiant 48 bassins dans 32 pays.

Voici une liste de quelques bassins de production de gaz de schiste dont les ressources ont déjà pu faire l’objet d’une estimation :

-Alberta (Canada)

-moitié est des Etats-Unis

-Paraguay, sud-est de la Bolivie, sud du Brésil, nord de l’Argentine

-Patagonie (Argentine)

-Afrique du Sud

-Europe du Nord (croissant allant du centre de la France au nord-est de l’Allemagne, en passant par la Belgique et les Pays-Bas)

-est de la Lybie

-est de l’Algérie

-Xinjiang (Chine)

-sud du Pakistan

-nord-ouest australien

Le rapport a estimé les réserves techniquement extractibles de gaz de schiste pour plusieurs pays du monde, et les a mis en perspective avec la consommation et les réserves prouvées de gaz naturel.

Pays

Consommation de gaz naturel (milliards mètres cubes, 2009)

Réserves prouvées de gaz naturel (milliards mètres cubes, 2009)

Réserves de gaz de schiste techniquement extractibles (milliards mètres cubes, est 2011)

Chine

83

2882

34 346

Etats-Unis

614

7341

23 220

Argentine

41

334

20 850

Mexique

58

323

18 345

Afrique du Sud

5

 

13 065

Australie

29

2963

10 667

Canada

81

1670

10 452

Algérie

27

4283

6 223

Brésil

18

347

6 088

Pologne

16

156

5 037

France

47

5

4 849

Inde

50

1021

1 697

Royaume-Uni

84

242

539

Total zones couvertes par l’étude*

1482

34 319

178 382

Total monde

2874

178 032

 

*zones couvertes : Europe (hors Russie), Amérique du Nord, Chine, Inde, Pakistan, Australie, Afrique du Sud, Lybie, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie, Amérique Latine

Source : US Energy Information Administration

On observe ainsi que les réserves de gaz de schiste techniquement extractibles dans les zones couvertes par l’étude sont équivalentes aux réserves prouvées de gaz naturel du monde entier. La France est plutôt bien dotée, avec des réserves conséquentes de gaz de schiste techniquement extractibles (réserves estimées à 3 fois celles de l’Inde, pour un territoire beaucoup plus petit).

Où sont les gisements de gaz de schiste en France ?

Les zones les plus prometteuses en matière de gaz de schiste en France se situent au sud du couloir rhodanien, sur les départements de la Drôme, de l’Ardèche, du Gard, de l’Héraut et de la Lozère. C’est sur ces départements qu’ont été octroyés trois permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures. Des initiatives de recherche de gaz de schiste ont également été entreprises en Lorraine et en Champagne, au nord du territoire français.

Connaît-on les ressources mondiales en gaz de schiste ?

Les estimations de l’Energy Information Administration

Le niveau de connaissance des réserves mondiales de gaz de schiste est encore faible, l’intérêt pour cette ressource étant relativement récent. Le rapport de 2011 de l’Energy Information Administration estime toutefois que les réserves de gaz de schiste techniquement extractible atteignent 178 382 milliards de mètres cubes sur la zone couverte par le rapport (voir ci-dessus).

Pour donner ses estimations, l’Energy Information Administration s’est basée sur les données géologiques disponibles pour chaque bassin contenant du gaz de schiste, sur la taille évaluée du gisement de gaz de schiste et sur les chances de développement rapide de l’exploitation du gaz de schiste dans le pays concerné. Par conséquent, certains bassins ayant une chance élevée de contenir des réserves importantes de gaz ne schiste ne sont pas compris dans les chiffres de l’Energy Information Administration. Par exemple, le rapport ne tient pas compte des réserves de gaz de schiste potentiellement présentes en Russie ou au Moyen-Orient, où les ressources de gaz conventionnel sont conséquentes et retarderont le début de l’exploitation du gaz de schiste. Les estimations des réserves mondiales en gaz de schiste sont donc amenées à être révisées.

Les estimations de l’Institut Français du Pétrole (IFP)

L’Institut Français du Pétrole (IFP) estime que les réserves mondiales de gaz de schiste représentent 920 000 milliards de mètres cubes, soit 5 fois plus que les réserves mondiales de gaz conventionnel.

Comment fait-on pour extraire le gaz de schiste ?

La technique la plus couramment utilisée pour l’extraction du gaz est schiste est la fracturation hydraulique. La première étape consiste à faire un forage pour atteindre la couche de schiste, entre 2000 et 3000 mètres sous la surface terrestre. Le forage est directionnel : il n’est pas uniquement vertical mais peut prendre plusieurs angles, afin de s’assurer qu’il circule dans la zone potentiellement productrice de gaz de schiste.

La seconde étape consiste à impulser de l’eau, du stable et des produits chimiques à très haute pression (600 bars) pour fracturer la roche en profondeur et créer des brèches vers les poches de gaz de schiste. Le gaz de schiste remonte ainsi à la surface avec une partie du liquide de fracturation. Le sable est injecté dans les micro-fractures créées par la fracturation hydraulique, permettant d’éviter qu’elles se referment. Les produits chimiques injectés se décomposent en trois catégories principales : les biocides (antibactériens), les lubrifiants (permettant une meilleure pénétration du sable dans les micro-fractures), les détergents (améliorant la désorption du gaz de schiste et la productivité de l’extraction).

Les exploitations actuelles de gaz de schiste se caractérisent par une forte densité des puits de forage (un puits tous les 200 mètres sur une exploitation du Colorado), un puits donnant accès à des quantités de gaz de schiste très variables (souvent restreintes en raison du faible périmètre d’extraction du puits). De nouvelles technologies permettant d’extraire du gaz de schiste sur un périmètre plus large à partir d’un seul puits pourraient toutefois réduire la densité des puits de forage des futures exploitations.

Est-il rentable d’extraire le gaz de schiste ?

Longtemps, les ressources de gaz de schiste ont été considérées comme trop coûteuses à extraire pour être rentables et exploitées à grande échelle. Néanmoins, l’essor spectaculaire de l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis à la fin des années 2000 a prouvé que les techniques de la fracturation hydraulique et du forage directionnel pouvaient rendre l’extraction du gaz de schiste rentable dans les conditions actuelles de marché. D’après Investors Chronicle (avril 2010), extraire un mètre cube de gaz de schiste coûte 140 à dollars (USD), contre seulement 35 à 100 dollars (USD) pour un mètre cube de gaz de charbon (une autre forme de gaz non-conventionnel). En faveur du gaz de schiste, le taux d’échec d’un puits de gaz de schiste peut être relativement faible.

Quelle est la situation aux Etats-Unis en matière d’exploitation du gaz de schiste ?

Les Etats-Unis ont connu récemment un essor très rapide de la production de gaz de schiste. En 1996, le pays ne produisait que 8 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, représentant 1,6% de sa production totale de gaz naturel. En 2006, la production de gaz de schiste a atteint 30 milliards de mètres cubes, soit 5,9% de la production de gaz naturel. Cette évolution est également observable dans le nombre de puits de forage utilisés pour l’extraction de gaz de schiste aux Etats-Unis : de 14 990 en 2005, ils sont 493 000 en 2011. L’ensemble des gaz non-conventionnels devrait représenter en 2030 60% de la production américaine de gaz naturel.

Quelle est la situation en France en matière d’exploitation du gaz de schiste ?

Les permis de recherche de gaz de schiste en France

Le ministère français de l’Ecologie (avec à sa tête Jean-Louis Borloo) a accordé fin 2010 trois permis exclusif de recherche d’hydrocarbures (gaz de schiste) dans le sud de la France :

-le permis de Nant pour la recherche de gaz de schiste a été accordé au Texan Schuepbach Energy LLC (allié à GDF Suez) sur une surface de 4414 km² sur les départements de la Lozère, de l’Hérault et de l’Aveyron.

-le permis de Montélimar pour la recherche de gaz de schiste a été accordé à Total E&P France et Devon Energie (filiale de Total) sur une surface de 4327 km² sur les départements de la Drôme, du Gard, de l’Ardèche et de l’Hérault

-le permis de Villeneuve de Berg pour la recherche de gaz de schiste a été accordé au Texan Schuepbach Energy LLC (allié à GDF Suez) sur une surface de 931 km² sur le département de l’Ardèche.

Prudence du gouvernement français vis-à-vis du gaz de schiste

Face à la montée progressive de l’opposition citoyenne à l’exploitation du gaz de schiste, Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l’écologie) et Eric Besson (ministre de l’énergie) ont présenté le 10 février 2010 la mission sur les gaz et les huiles de schiste, qu’ils ont confié au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) et au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). En attendant les conclusions définitives du rapport (15 juin 2011), les industriels concernés par les permis d’exploration de gaz de schiste ont différé certaines opérations de prospection. La décision impactait davantage le calendrier des opérations menées en Ile-de-France (Seine-et-Marne) pour la prospection d’huiles de schiste par la société Vermilion Rep que les opérations de prospection de Schuepbach Energy et Total pour la prospection de gaz de schiste avec leur permis de Montélimar.

La proposition de loi Jacob contre la fracturation hydraulique (méthode utilisée pour l’exploitation du gaz de schiste)

L’UMP Christian Jacob a déposé une proposition de loi visant à interdit la fracturation hydraulique afin d’empêcher l’exploitation du gaz de schiste sur le territoire français dans les conditions technologiques actuelles. Le texte est toutefois sujet à de vifs débats, en particulier au sein de la majorité UMP, et n’est pas encore stabilisé : son impact opérationnel sur les possibilités d’exploitation du gaz de schiste dépendra de sa formulation définitive.

La mobilisation citoyenne contre le gaz de schiste

En France, la mobilisation citoyenne contre le gaz de schiste s’appuie sur les députés européens José Bové et Corinne Lepage, qui ont demandé à la fin 2010 un moratoire sur la prospection de gaz de schiste sur le territoire : "la ruée des firmes gazières sur les Cévennes et le Larzac laisse présager un nouveau combat fondamental pour la sauvegarde de nos ressources naturelles" déclare José Bové à la mi-décembre 2010 pour demander le gel de la prospection de gaz de schiste dans le Larzac.

L’association les Amis de la Terre se pose également figure de proue de la mobilisation contre le gaz de schiste en ayant réclamé parmi les premiers une étude complète sur les risques de l’exploitation du gaz de schiste pour l’environnement et la santé, préfigurant l’étude confiée par les ministres de l’écologie et de l’énergie au CGIET et au CDEDD.

Le parti politique de Corinne Lepage Cap21 est de son côté en faveur d’un moratoire décrété à l’échelle de l’Union européenne sur l’exploitation du gaz de schiste, arguant également que cette exploitation pourrait avoir pour effet de retarder le développement des énergies renouvelables.

Qui sont les acteurs de l’exploitation du gaz de schiste ?

Les majors des hydrocarbures ont été initialement distancés par des sociétés américaines plus petites, à l’esprit innovant et entrepreneurial, qui ont maîtrisé plus rapidement les techniques de fracturation hydraulique. XTO Energy et Chesapeake Energy sont notamment parvenues à se faire un nom dans le monde de l’énergie grâce à leur expertise en matière de gaz de schiste. Figurent parmi leurs concurrents IGAS, San Leon Energy et Green Dragon Gas.

Les majors sont donc arrivés plus tard, n’ayant pas su anticiper le formidable essor du gaz de schiste. Leur stratégie a consisté à se rapprocher des petites structures maîtrisant les techniques d’exploitation du gaz de schiste afin d’acquérir leur expertise et de la reproduire sur de nombreux gisements. ExxonMobil a ainsi lancé une offre publique d’achat (OPA) sur XTO Energy pour un montant de 41 milliards de dollars. Le français Total a également acquis auprès de Chesapeake une participation de 25% dans le gisement de gaz de schiste de Barnett Shales (Texas) pour 2,25 milliards de dollars, une coentreprise réunissant les deux sociétés. Le norvégien Statoil a lui aussi formé une coentreprise avec Chesapeake Energy pour exploiter du gaz de schiste à Marcellus Shale (nord-est des Etats-Unis). L’italien ENI s’est offert une participation dans Quicksilver Resources et le russe Gazprom a déclaré en 2009 réfléchir à l’achat d’un exploitant américain de gaz de schiste.

Le gaz de schiste représente une opportunité pour les entreprises de l’ensemble de la chaîne de valeur des hydrocarbures. On peut ainsi citer Vallourec, qui a investi un demi-milliard d’euros dans la fabrication d’une usine de tubes de petit diamètre directement utiles à l’exploitation du gaz de schiste.

Quels sont les impacts environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste ?

L’impact de l’exploitation du gaz de schiste sur le paysage

Exploiter le gaz de schiste demande dans les techniques actuelles une grande densité de forages, se traduisant par un mitage du paysage par des puits d’extraction, de dimension néanmoins réduite (1 mètre de haut environ). Comme un puits d’exploitation du gaz de schiste s’épuise rapidement, il faut également faire évoluer le réseau de gazoducs sur le terrain, ce qui nécessite des travaux de terrassement, d’enfouissement de gazoducs, de construction de pistes pour l’accès des engins…

L’impact de l’exploitation du gaz de schiste sur les nappes phréatiques

L’exploitation des gaz de schiste est extrêmement consommatrice d’eau, et peut mettre sous pression les réserves des nappes phréatiques. En effet, chaque puits peut consommer 10-15 millions de litres d’eau, soit jusqu’à trois piscines olympiques ! 20 à 80% de l’eau peut néanmoins être recyclée pour utilisation dans d’autres puits de forage.

Par ailleurs, les nappes phréatiques risquent d’être polluées par le gaz de schiste ou par le liquide de facturation injecté dans le forage. Ce liquide contient en effet de l’eau, du sable, mais aussi des produits chimiques antibactériens, biocides et anticorrosifs. Quant à la contamination en eau par le gaz de schiste, le documentaire à charge contre les gaz de schiste Gasland a marqué les esprits en filmant l’embrasement de l’eau sortant d’un robinet d’un particulier. Les techniques d’exploitation actuelles du gaz de schiste entraînent également des risques de contamination des nappes phréatiques par la dissolution de sels lors du processus (métaux lourds, carbonates, sulfates, avec un risque d’éventuels radionucléides issus du radon et de l’uranium naturel du sous-sol).

Le traitement du liquide de fracturation remonté à la surface après usage est également une question problématique. L’eau doit être stockée dans des bassins de surface pour traitement et réinjection, ou avant évacuation par camion-citerne.

L’impact de l’exploitation du gaz de schiste sur le réchauffement climatique

Il y a controverse sur le bilan global du gaz de schiste en matière de réchauffement climatique. Les partisans du gaz de schiste mettent en avant la moindre quantité de CO2 qui se dégage de la combustion du gaz naturel, en comparaison des produits dérivés du pétrole. La substitution de la consommation de pétrole par une consommation de gaz naturel (issu du gaz de schiste ou de gisements conventionnels) serait, de ce point de vue, positive en termes de bilan carbone.

Toutefois, d’autres facteurs concourent à mettre ce raisonnement en doute quand on établit le bilan carboen global du gaz de schiste. Une forte inquiétude réside dans la probabilité de fuites de gaz de schiste apparaissant lors de son exploitation avec les techniques actuelles : au lieu d’être récupéré et transporté pour combustion, le gaz de schiste (principalement constitué de méthane) peut s’échapper directement dans l’air. Le méthane étant un gaz à effet de serre avec potentiel de réchauffement global 25 à 70 fois plus élevé que le CO2, on comprend que ces fuites de méthane, difficiles à évaluer, soient extrêmement préjudiciables à la lutte contre le réchauffement climatique. D’après une étude de l’université de Cornwell, le gaz de schiste contribuerait deux fois plus à l’effet de serre que le charbon, en particulier à cause de ces fuites.

Par ailleurs, l’émergence du gaz de schiste comme source d’énergie alternative aux hydrocarbures conventionnels permet de retarder la tradition vers un mix énergétique laissant davantage de place aux énergies renouvelables. Puisque le gaz de schiste est présent en quantités massives sur la planète et puisque son exploitation est techniquement rentable, la nécessité de développer les énergies renouvelables se fait moins pressante. C’est l’un des arguments de l’association Cap21 pour s’opposer au développement de l’exploitation du gaz de schiste.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les prix du gaz ?

Gaz de schiste et marchés organisés du gaz naturel

L’arrivée sur les marchés américains du gaz de quantités importantes de gaz de schiste est survenue parallèlement à la crise économique de la fin des années 2000 qui a provoqué une baisse de la demande.

Les prix du gaz naturel sur les marchés organisés américains avaient, avant l’essor du gaz de schiste, toujours été corrélés à ceux du pétrole. A l’occasion de la crise économique de 2008-2009, les prix du pétrole et du gaz ont tous deux été orientés à la baisse, mais les prix du gaz ont poursuivi leur décrochage bien après que les prix du pétrole n’aient entamé leur remontée. Ces évolutions des prix du gaz traduisaient un déséquilibre sur les marchés américains, l’offre de gaz naturel semblant surabondante, notamment en raison de l’essor du gaz de schiste. La baisse a été d’autant plus rapide que la plupart des analystes n’avaient pas anticipé une montée aussi rapide de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis.

Gaz de schiste et marchés de gré à gré du gaz naturel

La grande majorité des approvisionnements de l’Europe en gaz naturel passent par des contrats de long terme passés entre les fournisseurs de gaz naturel (ex : le français GDF Suez, l’italien ENI ou l’allemand E.ON) et les producteurs de gaz naturel (ex : le russe Gazprom, l’algérien Sonatrach ou le norvégien Statoil). On parle d’un marché de gré à gré du gaz naturel.

Alors que les prix du gaz naturel s’effondraient aux Etats-Unis en raison de l’essor du gaz de schiste, les exportateurs de gaz comme le Qatar ou l’Australie ont commencé à détourner une partie de leurs exportations vers l’Europe, faisant chuter les prix du gaz sur les marchés spots (marchés organisés) européens à des niveaux très bas début 2010. A tel point que ces prix spots du gaz sont devenus deux fois moins élevés que les prix du gaz vendu via les contrats de long terme.

S’est donc amorcée une phase de renégociation des contrats de long terme entre fournisseurs et producteurs de gaz naturel afin d’inclure une indexation partielle des contrats de long terme sur les prix spot du gaz. Auparavant, ces contrats de gré à gré étaient indexés sur les prix des produits pétroliers, sans prendre en compte l’évolution du prix du gaz comme énergie distincte répondant à des logiques différentes : le gaz de schiste a donné une certaine autonomie au gaz naturel en tant qu’énergie différente des produits issus de la raffinerie du pétrole.

A la suite de l’inclusion progressive dans les contrats d’approvisionnement de long terme de GDF Suez de clauses d’indexation partielle sur les prix spots du gaz (indexation à hauteur de 10%), la formule de calcul des prix du gaz utilisée lors des révisions tarifaires a été modifiée. La hausse des tarifs réglementés français du gaz naturel d’avril 2011 aurait ainsi été plus forte sans cette indexation partielle, et donc sans le développement du gaz de schiste. Par le biais de longs mécanismes de marché, le consommateur français retrouve donc une partie des avantages économiques du développement du gaz de schiste aux Etats-Unis.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur l’industrie du transport du gaz ?

Le développement du gaz de schiste a des conséquences négatives sur le développement de la filière du gaz naturel liquéfié (GNL), en particulier aux Etats-Unis. Face aux anticipations de hausse continue de la demande de gaz naturel et de baisse de la production de gaz aux Etats-Unis, des projets très importants de terminaux de liquéfaction ont vu le jour dans les pays producteurs (ex : Russie, Qatar, Australie), alors que les terminaux de regazéification se multipliaient dans les pays consommateurs (ex : Etats-Unis). L’essor de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis a changé la donne : conjugué à la crise économique, il a entraîné une division par deux en trois ans des importations de GNL des Etats-Unis, forçant des terminaux de regazéification à y fermer leurs portes.

Face aux difficultés rencontrées aux Etats-Unis en raison du développement du gaz de schiste, les pays exportateurs de gaz naturel se sont tournés vers l’Europe et l’Asie pour trouver de nouveaux débouchés. La faiblesse des prix du gaz dans le contexte d’une offre globale à la dynamique plus favorable que la demande a toutefois constitué une limite conséquente pour cette stratégie, et de nombreux projets GNL ont dû être retardés. Par exemple, Gazprom a dû retarder de trois ans un projet d’usine de liquéfaction géante destinée à exporter le gaz issu de son gisement de Chtokman par la filière du GNL.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur l’approvisionnement énergétique français ?

Les ressources françaises en gaz de schiste sont importantes, puisque les réserves techniquement extractibles de gaz de schiste sont évaluées à l’équivalent de 103 années de consommation française de gaz naturel par la US Energy Information Administration. En cas de développement massif de l’exploitation des gaz de schiste, le paysage énergétique français pourrait être significativement modifié avec une moindre dépendance aux importations énergétiques et un essor du gaz naturel dans ses usages actuels (chauffage, industrie…) comme dans des usages où son rôle est jusqu’ici marginal (ex : gaz naturel carburant).

Dans l’hypothèse où l’emporterait la mobilisation citoyenne contre le gaz de schiste en réponse aux enjeux environnementaux posés par son exploitation, la production française de gaz de schiste resterait à des niveaux faibles, ne permettant pas de changer fondamentalement la donne dans le mix énergétique national. Ce serait alors le développement du gaz de schiste dans les autres pays du monde qui impacterait la France indirectement en venant renforcer l’offre de gaz naturel et faire baisser les prix sur les marchés.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le paysage énergétique européen ?

Comme en France, deux scénarios sont à envisager. Si plusieurs pays membres développent leurs capacités de production de gaz de schiste, l’Union européenne aura trouvé une réponse partielle à la question de la dépendance énergétique, notamment vis-à-vis de son voisin russe. Le gaz naturel serait alors appelé à devenir une source d’énergie de plus en plus répandue dans tous ses usages, y compris ceux qui sont peu courants actuellement (ex : gaz naturel carburant).

Même dans l’hypothèse où la production de gaz de schiste resterait anecdotique sur le vieux continent, l’impact de l’essor du gaz de schiste dans les autres pays du monde amplifierait des effets qui s’observent déjà :
- pression à la baisse sur les prix du gaz sur les marchés organisés, et par répercussion sur les contrats de long terme (partiellement indexés sur les marchés organisés)
- augmentation des volumes traités sur les marchés organisés du gaz naturel, venant les structurer dans le cadre du processus de libéralisation des marchés de l’énergie européens.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les pays producteurs de gaz naturel ?

Les pays exportateurs de gaz naturel (Russie, Moyen-Orient et en particulier Qatar, Australie) ont beaucoup à perdre au développement de l’exploitation du gaz de schiste dans les zones de consommation de gaz naturel (Etats-Unis, Europe, Japon, Chine). En effet, le gaz constitue une arme politique dont les pays exportateurs tendent à se servir pour peser dans les relations internationales, et imposer leurs vues. Il s’agit également d’une ressource économique majeure pour les états exportateurs dont les économies souffrent d’une faible diversification face à un secteur pétrolier omniprésent.

Le cas de la Russie est emblématique. Habituée à se servir des prix du gaz comme levier d’action dans sa politique de maintien de liens forts avec l’Europe de l’Est, la Russie n’a pas hésité à couper le gaz exporté vers l’Ukraine et, en amont du gazoduc, vers des pays de l’Union européenne, à l’occasion d’un différend avec l’Ukraine sur les prix du gaz en janvier 2009. La puissance politique de la Russie se retrouverait nettement affaiblie en Europe de l’Est si cette dernière prenait une indépendance énergétique plus marquée. La Pologne, par exemple, en a les moyens, avec des réserves de gaz de schiste très conséquentes sur son territoire. Il en va de même pour l’exploitation des réserves de gaz naturel de la Sibérie et leur exportation à destination de la Chine : dans quelle mesure ces réserves représentent-elles toujours un argument politique de poids face à une Chine qui se découvre assise sur d’immenses réserves de gaz de schiste, les premières du monde ?

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur les prévisions de mix énergétique mondial ?

L’essor de l’exploitation du gaz de schiste devrait contribuer à renforcer un phénomène qui était déjà prévu par les économistes avant cet essor : la consommation de gaz naturel augmentera significativement, ainsi que sa place dans le mix énergétique mondial. L’Agence Internationale de l’Energie a ainsi calculé pour son scénario de référence qu’entre 2008 et 2035, la consommation de gaz naturel augmentera de 44%, le gaz naturel constituant la seule énergie fossile dont la demande en fin de période dépassera la demande en début de période. Entre ces deux dates, la Chine verra sa consommation de gaz naturel augmenter de 6% en moyenne par an, portée par le développement économique et la montée en puissance de l’exploitation de gaz de schiste. Ces éléments conduisent Faith Birol, économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie, à parler d’un « âge d’or du gaz », en partie sous l’effet du développement du gaz de schiste.

Les constructions de centrales de production d’électricité fonctionnant au gaz naturel pourraient ainsi s’avérer plus nombreuses que prévues avant l’essor du gaz de schiste, au détriment des autres types d’énergies, du charbon aux énergies renouvelables en passant par le pétrole et l’énergie nucléaire.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le développement de l’énergie nucléaire ?

Le gaz de schiste offre une réponse partielle au remplacement des centrales nucléaire pour les pays qui souhaitent se désengager de l’énergie nucléaire, en raison des problèmes de sécurité apparus dans un monde post-Fukushima.

L’énergie nucléaire demande des investissements extrêmement lourds (chiffrés en milliards d’euros pour un réacteur) qui ne peuvent être amortis que sur le très long terme, alors que les risques pesant sur la pérennité de l’exploitation semblent de plus en plus élevés, en particulier en raison du facteur réglementaire. Les centrales de production d’électricité au gaz naturel présentent quant à elles les défauts d’émettre des gaz à effet de serre, et d’avoir un coût d’exploitation difficilement prévisible car très corrélés aux cours du gaz naturel. Le développement du gaz de schiste vient toutefois rendre cet inconvénient moins significatif, car il vient contribuer à exercer une pression déflationniste sur les prix du gaz. Avec le gaz de schiste, la solution de la centrale à gaz apparaît donc de plus en plus attractive face à une option nucléaire demandant des investissements massifs et risqués.

Quels sont les impacts du gaz de schiste sur le marché de l’électricité ?

Le marché de l’électricité peut être fortement impacté par le développement de l’exploitation du gaz de schiste.

Toutes les centrales électriques ne fonctionnent pas en même temps. En période de faible consommation, seules les centrales les moins chères et les moins flexibles sont en fonctionnement (les centrales hydroélectriques et nucléaires par exemple). En période de forte consommation, des centrales de plus en plus chères à exploiter sont démarrées pour répondre à la demande. Le prix de marché de l’électricité correspond au coût marginal de production de la centrale la plus chère en activité. Les centrales à gaz étant appropriées pour un fonctionnement en pic de consommation, elles sont souvent price maker : le prix de l’électricité s’aligne dans ces moments sur le coût marginal de production d’électricité de la centrale à gaz. Si le prix du gaz est faible en raison du développement du gaz de schiste, le coût de production marginal de la centrale à gaz est également plus faible et le prix de l’électricité sur le marché est plus faible au moment où cette centrale à gaz est price maker. Via les mécanismes de marché, la marge réalisée par un opérateur de centrale nucléaire peut donc par exemple être entraînée à la baisse par l’exploitation à grande échelle du gaz de schiste !

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